vendredi 23 septembre 2016

Le petit carassin


Source:tarkabarka.cafeblog.hu 
Il était une fois un homme pauvre. Avec sa femme, aussi pauvre que lui, ils étaient les plus démunis de leur village. L’homme allait pêcher chaque jour pour qu’ils aient de quoi manger.
Un jour, quand il tira son filet, il y trouva un petit carassin.

«Puisque tu es rentré dans mon filet, je te prends. Je t’emporte à la maison, et je vais te donner à mon chat», dit le pauvre.
«Ecoute mon pauvre, dit le petit poisson, si tu ne me donnes pas au chat, en échange de ta bonne action, je te ferai du bien. Tu sais, un bienfait n’est jamais perdu.»

Le pauvre homme remit alors le petit poisson dans l’eau.
En rentrant, sa femme lui posa tout de suite la question:

«Alors, as-tu pris quelque chose?»
«Rien», répondit-il et il raconta son histoire avec le poisson. Sa femme lui dit:

«Retourne, et dis au petit poisson qu’il fasse de toi un juge.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le juge de mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, tu seras élu dimanche matin», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, tu t’en es bien tiré?»

Il lui raconta que dimanche il sera élu juge.

Ce fut ainsi. Il était le juge de son village pendant trois ans. Il ne devait plus aller pêcher puisque avec sa femme ils vécurent à l’aise de son salaire.
Un jour sa femme luit dit:

«Etre juge n’est pas assez. C’est la fonction la moins appréciée dans le village. Va voir le petit carassin et dis lui que tu veux devenir notaire.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:
«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le plus important notaire dans mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, demain tu seras élu notaire», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, ta journée, qu’est-ce qu’elle a donné?»
«Il dit que demain je serai élu le notaire le plus important du village! Mais maintenant calmons-nous!» répondit le pauvre homme.

Sa femme ne disait rien. Les années passèrent, un jour elle dit à son mari:

«Ecoute-moi! Cela ne me va plus! Sois juge du comitat!1»

Le pauvre homme alla le lieu où il rencontrait le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être juge du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, tu le seras!» répondit le petit poisson.

En rentrant à la maison, le pauvre homme dit à sa femme:

«Je souhaite que nous nous soyons d’accord pour que je reste sur ce poste. Cela me suffira!»
«D’accord!» céda sa femme.

Mais au bout de cinq ans, elle n’en pouvait plus et recommença:
«Je veux que tu sois le premier dignitaire! Sois préfet du comitat!»

Le pauvre homme alla au bord de la rivière où il avait rencontré le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être le préfet du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, ne t’inquiète de rien, tu seras élu!» répondit le petit carassin.

Six ans passés, sa femme lui dit:
«Tu sais ce que je pense? Tu dois être roi!»

Le pauvre homme cria au bord de la rivière:

«Petit carassin! Petit carassin!»
Le poisson sautilla et lui demanda:
«Dis-moi ce que tu veux, je t’écoute!»
«Je veux être roi!» dit le pauvre homme.
«Ton vœu sera exhaussé», répondit le petit carassin.

Ce fut ainsi, le pauvre homme devint le roi de son pays.

Mais un beau jour la femme murmura à l’oreille de son mari:
«Chaque pays a son roi, c’est normal. Mais je veux que tu dises au petit poisson que c’est toi qui veux diriger la Lune et le Soleil.»

La pauvre homme alla voir le petit poisson et cria:
«Petit carassin! Petit carassin!»
«Que puis-je faire pour toi, pauvre homme?» répondit le carassin.
«Je veux diriger la Lune et le Soleil», répondit le pauvre homme.

Le petit carassin se mit en colère, et répondit au pauvre homme:
«Rentre chez toi pour reprendre ta vie misérable. Remercie ta femme qui n’a jamais été contente de tes fonctions et qui demandait toujours plus. Tu ne peux pas être Dieu!»

1 En latin : comitatus, en français moderne : département

samedi 18 juin 2016

Une femme bien appréciée


Source:lovagok.hu
Il était une fois un couple. Pendant que l’homme travaillait aux champs, sa femme s’occupait du ménage à la maison. Mais un jour, il trouva qu’il en faisait déjà assez, et il commença à dire à sa femme:

«Je travaille dur dans les champs pendant que tu traînes toute la journée à la maison.»


Une autre fois il lui dit:


«Je suis très fatigué contrairement à toi, qui ne dois pas l’être puisque tu n’as pas grand chose à faire à la maison.»


La femme en avait plus qu’assez et décida à ne plus écouter les reproches de son mari. Elle lui annonça qu’à partir du lendemain c’est elle qui irait travailler aux champs où elle ferait de son  mieux.

Ce fut ainsi. Le matin, elle mit sur son dos sa besace et sa houe, elle prit sa gourde dans sa main et dit à son mari:

«Reste à la maison et fais le travail d’une femme au foyer pendant que je laboure la terre. Aujourd’hui il faut cuire du pain, puis il faut baratter la crème fraîche pour avoir du beurre. La poule est avec ses poussins, il faut faire attention afin que le milan noir ne les emporte pas. Une poule couve des œufs  sous le lit. Fais attention à ce qu’elle mange, qu’elle boive et qu’elle ne casse pas ses œufs.»


Elle s’en alla. L’homme était heureux d’être seul, sans sa femme. Il alla voir le cordonnier pour fumer une pipe, c’était plus amusant d’être à deux que seul.

Ils papotaient, ils papotaient quand l’homme constata que le temps avait passé, il était déjà presque midi et il ne faisait rien : ni le levain pour le pain, ni autre chose. Il se précipita donc à la maison. Il faut savoir qu’avant de partir de chez lui, il avait attaché les pattes des poussins avec une ficelle pour qu’ils restent ensemble et pour que le milan noir ne les emporte pas. Un souci de moins, la ficelle fera l’affaire, pensa-t-il.

Mais en rentrant à la maison il constata qu’il n’y avait plus un seul poussin parce que le milan noir qui n’en voulait qu’un seul,  avait tout emporté car ils étaient tous attachés.

Que faire? Par où commencer? Il aurait dû tamiser la farine et s’occuper de la crème fraîche. Il se mit à tamiser et pour avancer plus vite, il suspendit la cruche par son anse avec un torchon en pensant que les gestes de tamisage aideraient à baratter la crèche fraîche. Mais bon, il fallait déjà pétrir la pâte pour le pain et la crème fraîche n’avançait même pas.

Il alla chercher un peu d’eau. La farine manquait, il devait aller en chercher. Dans sa précipitation, la cruche heurta le montant de la porte, et la crème fraîche coula partout : sur le mur et par terre. Il passa tout son temps à s’occuper de la crème fraîche. Ce n’était pas grave, se dit-il, mais il fallait pétrir tout de suite la pâte car le coucher du soleil n’était plus loin. Il mélangea comme il pouvait les ingrédients : le peu de crème qui lui restait, et la farine. Il n’avait pas le temps d’attendre que le four soit chaud, il mit tout de suite le pain à cuire.


Il retenait son souffle et il ferma pendant quelques secondes les yeux quand il pensa à la poule qui devait être sous le lit et qu’il ne voyait pas sur ses œufs. Il se pencha pour la regarder. Il ramassa rapidement une vingtaine d’œufs, il les mit dans le panier, et il s’installa doucement dessus. S’il n’y a pas de poule, il couvera les œufs, lui-même, pensa-t-il.


Le soir, en rentrant chez elle, sa femme trébucha sur les morceaux de la cruche, et dit:


«Alors, qu’est-ce que c’est que ça?»


Elle vit la crème fraîche qui avait coulé par terre. C’était déjà un mauvais signe. Elle alla voir la poule et les poussins. Pas de poussins ! Elle alla voir le four, et en ouvrant sa porte elle vit que la pâte coulait. Elle referma alors vite la porte du four. Le pain aussi était raté, constata-t-elle. Elle cria alors:


«Où es-tu? Où es-tu?»

«Cot-cot, cot-cot-codêêêk», répondit une voix.
«Hé, toi, où es-tu? Que se passe-t-il ici?» dit la femme.
«Cot-cot, cot-cot-codêêêk.»

Elle s’approcha du lit, regarda dessous, et elle vit son mari assis sur les oeufs.


«Ah, toi! malheureux! Que fais-tu ici?» demanda-t-elle.


«Que veux-tu que je fasse ! Le milan noir est passé par là, et il a emporté les poussins, la poule a cassé ses œufs. J’assume, je suis responsable de tout ce qui s’est passé. Je dois couver coûte que coûte moi-même les œufs.» dit-il.


Finalement, il se leva, et il éprouva une estime infinie pour sa femme. Il comprit qu’elle avait beaucoup de tâches à faire à la maison : tenir propre toute la maison, laver le linge, cuire le pain. Tout cela servait au confort de leur ménage.


Dès ce jour, il ne fit plus aucun reproche à sa femme, au contraire, il avait la plus grande estime pour elle.


Ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre temps.


 


lundi 16 mai 2016

Les pousseurs de l’église


Il était une fois un village dont l’église était sur la colline. Comme les vieux du village avaient du mal à y monter, les habitants décidèrent de déplacer l’église dans la vallée. Ils s’y mirent tous avec enthousiasme. Vu leur zèle, le juge n’hésita pas à leur donner un coup de main.
Source: quadroshop.ro

Il ôta sa veste, et la posa par terre du côté où il fallait faire descendre l’église. Il alla ensuite de l’autre côté de l’église pour la pousser vers le bas. Il voulait absolument que l’église soit déplacée vite dans la vallée.


Pendant que petits et grands s’y appliquaient, un mendiant fit son apparition. Il vit la veste du juge par terre, il la ramassa, et il partit sans dire un traitre mot.


Au bout d’un moment, le juge proposa aux autres de regarder si l’église changeait déjà de place. Il alla à l’endroit où il avait déposé sa veste, mais Seigneur, elle n’y était plus!


En courant, il s’en retourna vers les autres et dit en faisant de grands gestes:


«Arrêtez! Cela suffit! Vous avez déjà poussé l’église sur ma veste.»

samedi 12 mars 2016

La course à la bêtise II

Source:egyszervolt.hu

Le paysan ne dit rien, il se reposa un peu en regardant la vieille qui se mit à tuer et rôtir les oies. Ensuite elle prépara les provisions.

Le lendemain matin, le paysan se leva de bonne heure, sella le cheval, et il partit.

A peine eut-il quitté la maison que le marchand rentrait à la maison. Sa femme l’accueillit avec un grand sourire:

«Viens vite, j’ai des nouvelles à te dire à propos de notre fils.»

Avec un air dubitatif, le marchand regarda sa femme et dit:

«Qu’est-ce qui t’arrive  Tu es devenue folle?»

«Tu ne le crois pas? Voilà la preuve! Je lui ai envoyé le cheval. Notre fils fait le commerce avec des chiffons et des os, et il tire lui-même sa charrette. Je lui ai envoyé un peu de brioche, trois oies, et un peu d’argent de nos économies dont tu n’étais pas au courant. Et le manteau que tu as soutiré à la dame à la foire», répondit sa femme.

Le marchand respira à fond pour étouffer son immense colère.

«Qui était ce malheureux à qui tu as donné toutes ces choses?» demanda-t-il.

«C’était un homme de l’au-delà. Il est retourné directement là-bas», répondit sa femme.

«Pourvu que la bêtise cesse d’exister dans le monde. Comment tu peux être si naïve, si idiote!» cria le marchand.

Sur ce, il prit la route immédiatement pour retrouver l’homme qui s’aperçut que quelqu’un le suivait en faisant de grands pas. Il rentra dans le bois, et il attacha son cheval à un arbre. Un peu plus loin, il y avait un arbre qui était penché comme s’il voulait tomber. Il s’appuya contre cet arbre pour faire semblant de le caler.

Le marchand s’approcha et lui demanda:

«N’auriez-vous pas vu par hasard un homme passer par là sur un cheval gris?»

Le paysan constata tout de suite que le marchand était fou de colère, il lui répondit donc très paisiblement:

«Bien sût que je l’ai vu! Mais cela ne sert à rien de le suivre, c’était un homme très costaud qui ne doit avoir peur de personne.»

Le marchand prit peur. Il avala sa salive mais sa colère ne le quittait pas.

«Dites-moi, n’avait-il pas peur de vous?» demanda-t-il au paysan qui répondit toujours calmement:

«Si, il avait peur de moi.»

«Seriez-vous assez gentil de ramener ici cet homme? Je vous donne cent forints tout de suite», dit le marchand.

Le paysan se disait qu’il allait tester la bêtise du marchand, et il lui répondit:

«Je ne peux pas bouger. Je suis condamné à rester appuyé contre cet arbre. Si je ne le fais pas, mon père, ma mère et mon frère seront tous morts.»

Le marchand n’entendit même pas les paroles du paysan : il était sourd et aveugle de colère et de cupidité. Il dit au paysan:

«Je reste ici, je m’appuierai contre l’arbre moi-même, vous pouvez aller chercher l’homme qui a obtenu beaucoup de choses de ma femme.»

La paysan hocha la tête, dit adieu et monta sur le cheval. Il partit directement chez lui. En rentrant, il dit sa femme:

«Je suis rentré à la maison parce que j’ai trouvé un homme qui était aussi bête et aussi stupide que toi.»

Le marchand attendit le paysan toute la journée. Quand il eut assez d’attendre, il fit un bond sur le côté pour éviter que l’arbre ne tombe sur lui. A ce moment-là il se rendit compte que l’arbre ne tombait pas et que le paysan s’était moqué de lui, lui qui se croyait très rusé.

«Pourquoi es-tu rentré à la maison?» lui demanda sa femme têtue et enfermée dans sa propre obstination.

«Parce que j’ai trouvé quelqu’un qui est aussi bête que toi»,  répondit le marchand.

«Je te l’ai bien dit! J’ai eu raison!» réplique instantanément sa femme.

Le marchand voulait avoir la paix dans sa maison et lui dit calmement:

«Tu as eu raison. Ce n’est pas toi qui es la plus bête du monde.»

La course à la bêtise I.


Source:youtube.com
Il était une fois un paysan qui avait une femme au fort caractère. Elle voulait tout savoir,  mieux même que son mari. Mais cela n’était pas possible car elle était très bête.

Son mari avait l’habitude d’aller seul à la foire pour vendre son blé. Là, il devait se montrer très rusé car les gens riches,  surtout les marchands de blé, aimaient bien tromper les pauvres.

Quand la période des moissons fut terminée, le pauvre paysan s’apprêtait à aller à la foire pour vendre sa récolte.

Sa femme qui n’aimait pas tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler, insistait pour que cette fois-ci elle puisse aller seule au marché.

Son mari finit par lui dire:


«D’accord, vas-y alors, seule!»


Elle prit donc la route juste accompagnée de leur jeune serviteur.


Ils étaient à peine à cinq kilomètres du village quand la femme pensa qu’elle ne savait même pas combien elle allait vendre le blé. Elle avait oublié de le demander à son mari. Elle dit alors à son jeune serviteur:


«Fais demi tour, et cas à la maison et demande à combien je dois vendre le blé!»


Le jeune homme rentra en courant et lui demanda en criant par la fenêtre. Le paysan ne sortit même pas, il répondit à travers la fenêtre:


«Comme les autres le vendent.»


Peu de temps après être arrivés à la foire, un commerçant roublard s’approcha d’eux et demanda à la femme:


«Combien vendez-vous votre blé?»

«Comme les autres», répondit-elle simplement.

Le commerçant lui dit qu’il allait se renseigner sur le prix. Mais il réfléchissait déjà à ce qu’il dirait à la femme pour la tromper puisqu’elle ne voulait même pas marchander. Quand il revint, il dit:


«Le prix du blé est comme je vous le dis:la moitié est vendue à crédit, l’autre moitié en échange de l’attente.»


«Très bien, si c’est le prix, je vendrai pour ça. Et quand aurai-je l’argent?» demanda la femme.

«Lors de la prochaine foire!» lui répondit le marchand.


«D’accord mais comment allons-nous nous reconnaître?» demanda la femme.


«Je vous donne ma veste râpée, vous me donnez votre manteau. Chacun reconnaîtra ses habits, comme ça nous ne maquerons pas le rendez-vous», répondit le marchand.


La femme stupide trouva ces paroles très intelligentes. Elle enleva tout de suite son manteau, et le tendit au marchand qui lui laissa sa veste. Le marché fut conclu. Tout les deux prirent la route vers leur maison. Le marchand était content d’avoir le blé, la femme était très fière d’elle.


En arrivant à la maison, son mari lui demanda:


«Combien as-tu vendu le blé?»


«Comme les autres!» répondit-elle.


«Très bien. Où est l’argent?» demanda le paysan.


Sa femme lui répondit fièrement:


«Je n’ai pas d’argent parce que j’ai vendu la moitié à crédit, l’autre moitié en échange de l’attente.»


Le paysan fut étonné et demanda :


«Mais quand auras-tu l’argent?»


«Quand la prochaine foire aura lieu», répondit la femme.


Le paysan écarquilla les yeux, et demanda d’un ton irrité:


«Comment reconnaîtras-tu le marchand?»


Les mains sur les hanches, sa femme querelleuse par sa propre bêtise, lui répondit:


«Nous avons fait un échange de vestes. Chacun reconnaîtra sa propre veste.»


Le paysan perdit patience, et jura:


«Eh bien, moi, je m’en vais et je ne reviendrai pas tant que je ne trouve pas quelqu’un d’aussi bête que toi.»


Ce fut ainsi. Il marcha lentement parce qu’il croyait qu’il devait marcher longuement pour trouver un être humain plus bête que sa femme. A un moment donné, il traversa une forêt. De loin, il aperçut une petite lumière. Il alla dans cette direction et frappa à la porte.


«Bonsoir!» dit-il.


Une vieille dame lui répondit:


«Qu’est-ce qui vous amène ici?»


Le paysan voyait déjà ce qu’il allait faire pour tester des gens stupides. Il répliqua donc très posément:


«Je viens d’arriver de l’au-delà.»


La vieille n’était pas du tout étonnée.


«Est-ce que par hasard, vous n’y rencontreriez pas mon fils?» demanda-t-elle en chuchotant.


Le paysan fut désormais déterminé à connaître la profondeur de la bêtise humaine.


«Bien sûr que je l’ai rencontré. Il fait le commerce avec des chiffons et des os», répondit le paysan.


«C’est vrai?» dit la vieille en arrondissant les yeux.


Le paysan continua calmement:

«Il est déguenillé, sa veste est déchirée, il tire lui-même sa charrette.»

«Alors, bonhomme, vous allez y retourner?» demanda la vieille dame.


«Bien sûr, je dois être là-bas demain matin», répondit le paysan.


«J’ai un cheval gris. Seriez-vous assez gentil de lui apporter pour qu’il ne doive plus tire sa charrette?» demanda le vieille.


«Volontiers. Je lui apporte tout ce que vous voulez», rassura-t-il la dame.


«Après les fêtes, il m’est resté trois brioches et je vais rôtir trois oies. En plus, j’ai un peu d’argent mis de côté, que mon mari ignore. Et j’y pense, mon mari a triché l’autre jour à la foire, et il est rentré avec un joli manteau qui fut porté par une femme bête. Prenez ça aussi, pour que  mon fils n’ait plus froid», dit-elle.


Le paysan se dit:


«Il me semble que je suis tombé sur la bonne personne. Je ne devrais même pas aller plus loin.»


A suivre!



samedi 13 février 2016

La chance du pauvre homme



Dessin: Timea Toth  Source:3szek.ro
Il était une fois, quelque part dans le monde, un pauvre homme. On ne sait pas exactement comment, ni d’où mais, il réussit à avoir deux veaux. Il les éleva, et un beau jour, il les mit sous le joug. Il laboura son lopin de terre avec eux. Il laboura, il laboura mais il était pauvre, la bonne chance lui échappait toujours. 
Vous savez, la malchance est pour les pauvres.

Un jour, l’un ses bœufs beugla fortement, donna deux coups de pied, tomba du joug et mourut sur-le-champ. Le pauvre homme s’abandonna à son chagrin, il ne comprenait pas pourquoi le bon dieu le punissait ainsi. Ne voulant pas tout perdre, il dépeça avec beaucoup de difficultés la peau du bœuf, et il prit la direction de la ville pour aller la vendre là-bas.

En cours de route, il eut très chaud sous le soleil qui tapait très fort, et il s’assit à l’ombre pour se reposer. Il étendit la peau sur un buisson pour la faire sécher. Il pensait qu’elle serait moins lourde à porter et plus facile à vendre car elle ne serait pas rêche. Il était accablé par toute la tristesse du monde quand il entendit qu’on donnait des coups de bec dans la peau qui séchait. En regardant mieux, il constata qu’un pic tapait si fortement la peau qu’elle s’était déjà trouée à tel point que ses pattes passaient à travers.

Le pauvre homme saisit l’oiseau par les pattes, il le mit dans sa besace et continua son chemin. Le soir tombait quand il décida de frapper à la porte d’une maison cossue pour demander d’être un hébergé pour la nuit. Il poussa le portail de la maison, mais en regardant par la fenêtre il ne voyait personne. Elle était vide. Il alla derrière la maison et attendit que quelqu’un arrive.

Peu de temps après, il vit arriver une femme portant une bouteille de vin dans une main, et une bouteille d’eau de vie dans l’autre. Elle leva le couvercle du coffre, et y déposa dans un coin les bouteilles. Sur le rebord de la cheminée, il y avait une assiette de beignets couverte d’une mousseline qu’elle déposa dans l’autre coin du coffre. Elle ouvrit le four et sortit une oie rôtie qu’elle déposa sur le haut de la cheminée.

Le pauvre homme avait tout comprit. Il sortit de derrière la maison, et il se mit devant le portail pour attendre l’arrivée du maître de maison. Peu de temps après, celui-ci arriva et le pauvre l’accosta pour lui demander un hébergement.

«Bien sûr, veuillez entrer!» répondit le maître de maison.

Ils rentrèrent et virent que la femme était couchée et gémissait terriblement. Son mari lui dit:

«Ma femme, nous avons faim, tous les deux. Donne-nous à manger parce qu’après une journée de labours, un bon dîner nous ferait plaisir.»

Mais la femme n’arrêta pas de se plaindre. Elle raconta qu’elle avait été tellement malade toute la journée qu’elle ne pouvait rien préparer. Le pauvre homme comprit tout de suite la situation. Il sortit son oiseau et commença à le tripoter.
Le maître lui demanda alors:

«D’où vient cet oiseau que tu tiens dans tes mains?
«Ah, lui, il est capable de faire des prédictions», répondit le pauvre homme.
«Prédire? Mais alors, ce qu’il dit, est-ce vrai?» demanda le maître.
«Il peut annoncer la vérité à celui qui souhaite la connaître», dit le pauvre homme.
«Alors, je l’écoute. Je te paieras volontiers s’il dit la vérité», répondit le maître.

La pauvre se mit à pincer en cachette les pattes de l’oiseau qui commença à criailler.

«Qu’est-ce qu’il dit ton oiseau?» demanda le maître.
«Qu’il y a sur le haut de la cheminée une oie rôtie qui vous attend», répondit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?»
«C’est exacte», répondit la femme à son mari.
«Alors, mets la table ma femme car un bon plat me fera du bien après cette journée de labours», dit le mari.

Au bout de quelques minutes, le pauvre homme pinça de nouveau son oiseau qui piailla plus fort que tout à l’heure.

«Qu’est-ce qu’il raconte encore, ton oiseau, pauvre homme?» demanda le maître de maison.
«Que dans le coin droit du coffre, il y a du vin et de l’eau de vie qui vous attendent, cher maître», dit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?» demanda le mari.
«C’est bien vrai!» répondit la femme.
«Alors, sors ces boissons qui me donneront de l’énergie pour le travail de demain dont j’aurai besoin après cette journée de labours», dit le mari.

Le pauvre homme pinça une troisième fois son oiseau qui piailla fortement.

«Alors, qu’est-ce qu’il dit ton oiseau, pauvre homme?» demanda le maître.
«Que dans le coin gauche du coffre, il y a des beignets pour vous», dit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?» demanda le mari.
«Oui, c’est vrai aussi», répondit la femme.
«Alors, sors-les. Je voudrais faire un gueuleton avec cet homme!» dit le mari qui s’adressa tout de suite au pauvre homme.
«Voudrais-tu bien me vendre ton oiseau? Je te le paierai un prix fort!» dit le maître.

L’affaire fut vite conclue. Le pauvre homme eut deux beaux bœufs et une grande charrette de blé. Le lendemain il renta chez lui et il se mit au travail.
Il s’appliqua si bien qu’il devint un riche fermier, même le seigneur de son village ne valait pas mieux.

Il vit même aujourd’hui s’il n’est pas mort entre-temps.


Conte transylvain



jeudi 7 janvier 2016

Les douze princesses

Dessin: Eszter Bakos 

Il était une fois, dans les temps anciens, un roi qui avait douze filles. Il les soignait plus que la prunelle de ses yeux. Il les faisait dormir dans une grande chambre à coucher. Il fit mettre une barre de fer à l’extérieur de la porte qu’il cadenassa pour éviter que quiconque puisse entrer les voir. Chaque matin il constatait quand même que les douze paires de chaussures avaient été jetées dehors, qu’elles étaient usées, voire déchirées de la danse. Le roi ne pouvait pas imaginer par où ses filles sortaient la nuit. Il proclama dans tout le royaume qu’il donnerait une de ses filles à celui qui serait capable de lui dire ce qu’elles faisaient, où elles allaient la nuit.

De jeunes princes et comtes arrivèrent mais ils échouèrent, tous. Ils furent chassés sans exception du palais royal. De grandes annonces furent proclamées partout, dans toutes les villes du royaume:le roi fit la promesse de donner une de ses filles à celui qui trouverait la clé du mystère.

Un jour, un soldat s’arrêta devant une des grandes annonces et en lit le texte en soupirant:

«Comme ce serait bien si je pouvais le faire! Comme ce serait bien de devenir roi?»

Un vieil homme entendit ses paroles et lui dit:

«Je viens d’entendre ta demande. Je vais te dire comment t’y prendre.»

Le soldat s’en réjouit.

«Ecoute-moi bien! Vas tranquillement au palais royal, présente-toi et accepte la mission. Demande une chose : que tu sois logé dans une chambre dont la porte s’ouvre sur la chambre à coucher des jeunes princesses et que cette porte ne soit pas fermée. Si l’on te propose du vin, ne contredis pas, mais ne le bois pas non plus. Par contre, fais comme si tu l’avais bu, et verse dans la poche intérieure de ton manteau. Tiens, voici ce manteau, il est fin comme un papier de cigarette et il te couvrira entièrement. Quand tu l’auras revêtu, tu seras invisible. Tu as compris?» dit le vieillard.

«Oui, j’ai tout compris et je vous remercie de vos bons conseils», dit le soldat.

Sur ce, le soldat se dirigea vers le palais royal où il se présenta et annonça qu’il souhaitait relever le défi.

«C’est bien, c’est ton genre de jeune homme dont  j’ai besoin», dit le roi.

Il donna à manger et à boire à ce jeune prétendant et lui demanda.

«Aurais-tu besoin d’autre chose?»
«Non, de rien. Je voudrais juste dormir tout près de leur chambre, autrement je ne m’apercevrai pas du moment où elles partent.» dit le soldat.

Le roi donna son accord. Les demoiselles, avant de se préparer, donnèrent à boire au soldat. Elles lui préparèrent la même potion magique que pour les autres. Quand la princesse la plus âgée entra dans la chambre du soldat, celui-ci était déjà couché dans son lit.

«Alors, brave soldat, buvez de ce bon vin, les autres prétendants en ont bu aussi. Nous ne voudrions pour rien au monde que vous n’en receviez pas!» dit la princesse.

Le soldat le prit délicatement et versa dans la poche intérieure de sa veste. La princesse ne s’aperçut rien. Le soldat fit semblant de s’endormir immédiatement à tel point qu’il feignit de ronfler.

«Il dort déjà bien, nous pouvons partir», dit-elle aux autres.

Le soldat entendit le bruit des chaussures, du frôlement des robes et du ricanement des princesses.
La plus jeune princesse dit:

«Je ne sais pas comment dire mais j’ai un mauvais pressentiment!»

«Tu dis toujours de telles choses. Pourquoi as-tu ce sentiment mitigé? Ce pauvre soldat a failli s’endormir sans notre boisson ! N’entends-tu pas comme il ronfle?» répliqua l’aînée.

Tout à coup, le soldat vit que les princesses écartaient un tissu blanc qui cachait une porte secrète dissimulant une sortie. Les douze princesses sortirent par cette porte vers un lieu souterrain, vers un monde mystérieux.
Le soldat revêtit son manteau qui le rendait invisible et suivit en courant les demoiselles. Il fut si rapide que sans le faire exprès, il marcha sur la robe de la plus jeune princesse qui poussa un grand cri.

«Pourquoi hurles-tu? Qu’est-ce qui t’a fait peur?» lui demandèrent ses sœurs.
«Quelqu’un a touché ma robe», répondit-elle.
«Mais non! Ta robe s’est sûrement accrochée à un clou», lui dirent les autres.

Les princesses descendirent de nombreuses marches et arrivèrent dans une magnifique forêt en cuivre. Les arbres fleuris étaient en cuivre. En passant devant l’un d’eux, le soldat cassa une petite branche qui fit un bruit éclatant. La plus jeune princesse eut peur, poussa un grand cri et dit:

«Eh bien, qu’est-ce que c’est?»
«Sûrement un coup de feu pour nous saluer. C’est bon signe. Nous allons bientôt voir les princes», lui répondirent les autres.

Elles continuèrent leur chemin. Elles arrivèrent à une grande et magnifique prairie en argent pleine de fleurs en argent. Le soldat eut envie d’en avoir une comme souvenir. Mais la plus jeune princesse eut à nouveau peur. Les autres le répondirent et continuèrent leur chemin.

Elles arrivèrent à un vaste endroit où il y avait une prairie. Sur la prairie en or, il y avait un pommier en or. Le soldat cassa une petite branche ici aussi.
Après avoir fait une bonne marche à pied, les princesses atteignirent un grand lac où elles étaient déjà attendues par douze princes sur douze bateaux. Elles reconnurent leur prince, elles se jetèrent dans leurs bras et ils montèrent ensemble à bord.

Le soldat s’embarqua le même bateau que la plus jeune princesse. Le prince conduisit et il constata que le bateau était bien plus lourd que d’habitude.

«C’est probablement à cause de la grande chaleur!» pensa-t-il.

Ils débarquèrent en arrivant à la rive. Un énorme bâtiment était illuminé, la musique s’entendait de loin. Les douze princes prirent les douze princesses par le bras, et ils se dirigèrent vers une grande salle. Le soldat les suivit partout, couvert par son manteau invisible. Ils dansèrent, ils s’amusèrent. Le soldat emmena danser la plus jeune princesse qui lui demanda à boire. Le soldat avant de tendre un verre à la princesse, il le vida d’un trait.

«Je ne sais pas comment cela est possible, je demande à boire, je prends mon verre qui est encore plein et maintenant il est déjà vide. Cette nuit, je ne me sens pas bien!» dit la princesse.
«C’est encore toi! Arrête de parler!» rétorqua la soeur aînée.

Ils dansèrent jusqu’à l’aube mais elles devaient retourner chez elles avant le lever du soleil. Les princes les raccompagnèrent aux bateaux qui les conduisirent sur la rive opposée. Le soldat alla avec elles. Mais avant qu’elles n’arrivent en bas de l’escalier, il monta en courant dans sa chambre, il se coucha, et fit semblant dormir.

Les princesses virent le soldat et s’exclamèrent ensemble:

«Eh bien voilà, il est là. Il n’était au courant de rien. Il dort comme un bébé. Il n’y a aucun problème!»

Elles se déshabillèrent et allèrent se coucher.

Lendemain, le roi fit appeler le soldat et l’interrogea:

«Majesté, je sais des choses!» dit-il.
«Alors, raconte-moi tout!» répondit le roi.
«Je ne peux pas encore parler. Je dois rester là encore deux nuits. Après la troisième nuit, je vous raconterai tout», assura-t-il le roi.
«D’accord!» dit le roi.

La deuxième soirée arriva. Tout se passa comme la première nuit. La troisième nuit, tout se produisit de la même façon. Durant la troisième soirée, le soldat vola un verre qui était sur  la table de la salle de danse pour le monter au roi. Les noms des douze princesses étaient gravés dans le verre en or.

Elles rentrèrent comme d’habitude et trouvèrent le soldat au lit comme les autres fois.
Le roi attendait impatiemment le dernier matin. Il voulut entendre les révélations du soldat. Il le convoqua et lui dit:

«Alors maintenant, dis-moi la vérité!»
«Je vous dirai la stricte vérité. Je sais tout», dit le soldat.
«Très bien, mon fils. Je te donne une de mes filles, je te laisse choisir mais avant cela, raconte-moi tout», dit le roi.

Les princesses tendirent l’oreille derrière la porte, et elles entendirent tout ce que le soldat racontait. Elles étaient ébahies et constatèrent que le soldat disait la vérité.

«Nous n’avons rien à nier, il sait tout», se dirent-elles.

Le soldat montra ses preuves: la petite branche en or et en argent, et le verre en or. Le roi fut entièrement convaincu. Il posa la question à ses filles pour être sûr de la vérité des paroles du soldat. Elles approuvèrent tout.

«C’est très bien, mon fils. Tu peux choisir une de mes douze filles», dit le roi.
«Majesté! Je vous avoue que c’est la plus jeune qui me plairait le plus mais n’inversons pas l’ordre, je vais me contenter de votre fille ainée», dit le soldat.

Ils se marièrent, et ils eurent une grande noce qui dura sept jours et sept nuits. Même les boiteux se mirent à danser.

Conte transylvain